Sexo

Kama-Sutra, (faire) l’amour avec un grand A

Ceux qui ne l’ont jamais ouvert croient savoir ce qu’ils vont y trouver : des gravures licencieuses sur l’art de jouir. Ils ont tort de réduire le Kama-Sutra à un simple manuel de postures acrobatiques.

Aux antipodes de l’amour « à la papa », bâclé et répétitif, ce traité religieux (approximativement) daté du vie siècle de notre ère et dû au brahmane Shri Vatsyayana, conjugue sexualité et spiritualité. Rien d’étonnant, puisqu’en Inde la pratique de l’art érotique était essentielle, considérée comme une science annexe de la tradition religieuse qui faisait partie de l’éducation traditionnelle des adolescents.

A mille lieues des boîtes échangistes, des sex-shops et d’autres activités parfois glauques, le Kama-Sutra vous guidera jusqu’au nirvâna… si vous le méritez ! Mais, plus que cela, ce texte sacré a pour but de faciliter l’harmonie entre les êtres et dépasse le concept de sexualité : il vise l’intégration harmonieuse entre les personnes dans la société et face à l’ordre cosmique universel. L’extase amoureuse devient une expérience mystique permettant de se rapprocher du divin… Plus qu’une relation charnelle, le sexe reproduit le processus initial de création des mondes dans lequel les principes féminin et masculin s’unissent.

Le septième ciel

En Inde, la sexualité est tout sauf rudimentaire ! Rituels et préparatifs, cour raffinée, parade amoureuse, ton badin, odes à l’amour : c’est cet art que retranscrit le Kama-Sutra, prolixe en conseils pour honorer sa jeune épouse ou séduire une femme mariée ! Il propose notamment de quoi occuper quelques belles soirées : plusieurs dizaines de baisers, de griffures, de morsures, de gifles (sans violence) pour faire grimper la tension érotique, et quelque soixante-quatre postures essentielles pour atteindre le septième ciel…

Les baisers, la porte du plaisir

« On ne peut pas, sans préparation, introduire sa verge. Dans l’accouplement, le frottement du membre de l’homme calme l’excitation de la femme. Mais c’est dans les marques d’affection, les baisers, les caresses, qu’elle trouve son plaisir », ainsi parlent les esprits éclairés ! « Le baiser est la porte du bonheur et de l’expérience amoureuse. Il provoque l’ardeur érotique, agite les cœurs et incite au don naturel de soi », poursuit le Kama-Sutra.

Cette marque de tendresse, redoutablement sensuelle, a droit à un chapitre entier, comme jeu propre à attiser la passion. C’est à celui qui se saisira le premier des lèvres de l’autre, et ce combat de langues et de lèvres qui touchent, roulent, sucent, mordillent, pénètrent et frottent mènera naturellement au coït. Il convient d’embrasser chaque partie du corps de façon différente.

Le front, la jointure des cuisses, la poitrine et le pubis recevront un sama, baiser modéré donné assis ou couchés l’un près de l’autre, et accompagné de mordillements des cuisses et de la poitrine. Les joues, les aisselles et la région sexuelle s’exciteront d’un pîdita (appuyé) donné en saisissant et pétrissant les seins, les joues, les fesses et le nombril. Le menton et le corps jusqu’aux aisselles recevront un baiser aschita, goulu et dévorant, en chatouillant le dessous des seins et des aisselles, et les yeux seront délicatement baisés d’un léger, très léger mridu, qui effleure le cou, les fesses, les seins et le dos.

Tu me griffes, je te mords…

Faites l’amour, pas la guerre ! Morsures et griffures doivent exciter sans faire souffrir. Toutes les parties du corps peuvent en bénéficier, et le Kama-Sutra propose de nombreuses variantes de morsures : la discrète se fait sur la lèvre inférieure et l’appuyée sur les joues, la pointue étire entre ses dents un petit morceau de peau, et le collier de points est un alignement de ces marques pointues.

Le bijou de corail est une pression répétée du même endroit entre les dents du haut et la lèvre inférieure, et le collier de gemmes est un alignement de bijoux de corail : ces deux techniques se pratiquent sur les flancs, le cou et la région du sexe. Les nuages dispersés, sous les seins, représentant une large surface de petites morsures proches l’une de l’autre, se pratiquent dans un état de grande excitation.

Quant aux griffures, ces témoignages d’amour singuliers se donnent entre amants passionnés. On peut faire avec les ongles huit marques : la sonore (l’ongle gratte sans laisser de marque), la demi-lune (trace d’un ongle, à imprimer au-dessous des seins ou dans le cou), le cercle (marque de deux ongles, pour le creux des fesses, l’aine ou le nombril), le trait de l’ongle (une ligne droite, n’importe où), la griffe du tigre (une ligne courbe gravée sur le sein ou le visage), la patte du paon (la même chose avec les cinq ongles), le saut du lièvre (marque de cinq ongles autour du mamelon que l’on tire), la feuille de lotus bleu (sur les seins, les hanches ou les fesses, en forme de feuille de lotus). En réalité, l’usage des griffures est encore plus vaste, quasi-illimité puisqu’elles sont envisagées comme un très puissant « stimulant érotique ».

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