Sexo

Clitoris, clé torride, le temple oublié du plaisir

Enigmatique clitoris dont l’étymologie nous échappe encore – entre les racines grecques désignant « la clé », ou « le petit mont penché » ou le fait de « titiller et caresser » !

Bien connu du monde antique parce qu’il œuvre à la fertilité par le plaisir et les sécrétions qu’il génère chez la femme, le clitoris l’est encore au Moyen Age et jusqu’au 17ème siècle.

Mais parce que son inutilité en terme de reproduction est avérée au 19ème siècle, les premières études sérieuses qui le décrivent enfin dans sa globalité, passent à la trappe au point que cet organe disparaît des traités d’anatomie du 20ème siècle !

Pour Maia Mazaurette, auteure avec le sexologue Damien Mascret de La revanche du Clitoris (format Kindle), aux éditions La Musardine, c’est une véritable « excision culturelle » qui a eu lieu en Occident et qui perdure encore de nos jours entre imprécisions, croyances aberrantes, pratiques sexuelles soit disant libérées et toujours ignorantes du clito !

Sacré bouton à réactions !

C’est en 1998 que les travaux du Dr Helen O’Connell de l’Hôpital de Melbourne* lèvent enfin le voile sur ce bouton situé à l’extérieur du sexe, dans le repli des lèvres, sur la partie antérieure de la vulve.

« J’ai compris en voyant à quoi il ressemble dit Elisa, pourquoi il m’arrivait de ressentir dès les préliminaires, une sorte de brûlure fulgurante de chaque côté de la vulve et à l’entrée du vagin. Comme si un afflux d’excitation dans ces tissus encore endormis produisait ce différentiel ».

En effet, quand le clitoris se dresse à l’excitation, la turgescence visible ne laisse rien présager des deux bulbes de tissus érectiles de 10 cm chacun, qui sont situés en interne, de part et d’autre de la vulve. Ces bulbes se déploient, symétriques, et se gonflent autour de l’entrée de l’urètre et du vagin, intensifiant encore ces zones érogènes. Dans sa globalité, cet organe est plus grand qu’on ne l’imagine et n’est pas seulement localisé « en haut du sexe ».

C’est que cet organe, explique Maia Mazaurette, « concentre près de 8000 terminaisons nerveuses », (contre 6000 pour le gland du pénis), soit 4000 de chaque côté de son extrémité, toutes comprimées sur un tout petit espace ultra sensible !

« Cela demande un apprentissage », insiste l’auteure ; « Pour moi, c’est comme une bombe, pense Jeanne, je ne sais pas encore bien tout manier. »

Cette découverte du clitoris, des sensations propres à chaque femme, est nécessaire pour prendre en charge sa propre individualité sexuelle ; mais encore faut-il avoir accès à son clitoris. « J’ai eu trois enfants sans savoir ce qu’est un orgasme, avoue Elisa ». Et apprivoiser sa sensibilité et ses possibles.

« Je me méfie des bouches goulues et mal rasées, dit Josy, car le contact direct avec cet endroit est vite douloureux ! » « Moi ajoute Sally, je ne supporte que les pressions à travers la peau des grandes lèvres : j’aime sentir mon clito glisser dans cette gaine protectrice sous les doigts de mon partenaire, waouh ! ».

Une pile à orgasmes

Selon Master et Johnson¹, l’orgasme ferait toujours intervenir le clitoris – quel que soit le lieu de la stimulation, externe ou interne – qui déclenche alors en plus du plaisir, une lubrification et une ouverture du vagin.

Ce qui recoupe exactement les travaux récents du Dr Helen O’Connell, pour qui, sans nul doute, le clitoris représente LE centre de la sexualité féminine. Beaucoup plus complexe qu’on ne l’imaginait, érectile dans sa globalité donc aussi en interne, il favorise l’émergence de plusieurs zones érogènes autour de l’urètre, de l’entrée du vagin ou des parois vaginales notamment.

« C’est simple : celui qui néglige mon bouton de rose, je le largue illico, lance Annie, je suis bien autre chose qu’un trou à combler. »

Mais la particularité du clitoris, c’est qu’à la différence du pénis, il est uniquement dédié au plaisir de la femme et qu’organiquement, physiologiquement, toute femme est constituée pour avoir des orgasmes.

« Il me semble donc , ajoute Sonia, que cet organe à lui seul suffit à rehausser notre fierté de femme, si longtemps laissée dans l’ombre. »

Des expériences actuelles, menées aux Pays Bas par le Professeur Ellen Laan² montrent que l’afflux de sang dans le clitoris s’effectue automatiquement sans même que la femme en ait conscience lors de la vision d’un film érotique pas exemple. Immédiatement, une réponse physiologique a lieu avec le clitoris, ce qui tend à démontrer que la femme est née pour répondre aux stimuli sexuels et peut aussi, avoir un orgasme très vite.

Entendez-vous sonner le glas des mythes réducteurs et erronés autour de la frigidité féminine ?

Un pénis au féminin en… bien mieux !

« Le clitoris a la même origine embryologique que le pénis » reprend Maia, et il présente une structure identique (corps caverneux, spongieux, capuchon et gland). « Il est l’équivalent du gland du pénis ; les deux corps réunis pour former le pénis chez l’homme sont séparés en deux bulbes vestibulaires de chaque côté de la vulve chez la femme. »

Mais parce qu’il est innervé comme aucun autre organe humain, le clitoris est sensible au plaisir et ce, de façon plus fine et plus forte.

Pour Ania, le clitoris répond aussi bien à des stimuli concrets qu’abstraits : « Par exemple, il m’arrive de jouir pendant mon sommeil et d’être réveillée par l’orgasme. »

En outre, après l’orgasme, le clitoris se rétracte suivant des modalités différentes de celle du pénis ce qui rend possible la polyorgasmie chez la femme ! Et comme en plus, le processus de stimulation, chez la femme, est multiple, les orgasmes peuvent aussi se multiplier plus aisément… La chance !

Sources

¹ Masters William, Johnson Virginia Human sexual response; Bantam Books 1980.

² Documentaire de Michèle Dominici, Variety Moszinski et Stefen Firmin Le clitoris ce cher inconnu, coproduit par Cats&Dogs Films 2003, http://www.clitoris-film.com/
Avec notamment Dr Helen O’Connell  Urologue (Journal of Urology, juin 1998 vol 159,  Royal Melbourne Hospital) et aussi Ellen Laan, professeur associé de psychologie clinique Université d’Amsterdam.

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